Posted 1 septembre 2021 in Blog, Espace, Science.

L’Histoire nous prouve à quel point les tempêtes solaires peuvent être destructrices. Bien que des registres remontant à plusieurs centaines d’années fassent état de puissantes tempêtes solaires, ce sont celles rapportées à partir des années 1800 qui nous permettent d’en apprendre le plus sur les conséquences qu’aurait un tel événement aujourd’hui, puisque c’est à partir de cette époque que nous avons commencé à dépendre davantage des systèmes électriques.

L’intensité d’une tempête solaire peut être mesurée de plusieurs façons; voici quelques-unes des tempêtes les plus importantes enregistrées au cours des 200 dernières années.


Événement : La météo spatiale est l’un des aspects étudiés par les programmes de surveillance de l’espace (SSA), avec les objets géocroiseurs et les débris spatiaux. Apprenez-en davantage sur la SSA auprès d’experts du secteur lors de notre webinaire RHEA Talk du 5 octobre 2021.

Septembre 1859

En 1859 s’est produite la tempête solaire considérée comme la plus violente jamais enregistrée sur Terre. Nommé en l’honneur de Richard Carrington, qui a observé une éruption solaire de grande ampleur la veille d’une tempête solaire ayant causé des aurores visibles de partout sur la planète, l’« événement de Carrington » aurait donné des décharges électriques aux télégraphistes et provoqué un incendie ayant détruit un câble télégraphique transatlantique. Une analyse subséquente a démontré que cette tempête était formée d’une série de petites tempêtes localisées et qu’il s’était probablement écoulé moins de 18 heures avant qu’elle n’atteigne la Terre. Les scientifiques et les ingénieurs croient que si une telle tempête devait se reproduire aujourd’hui, elle provoquerait des dommages beaucoup plus importants que n’importe quelle tempête solaire jamais recensée depuis le début de l’ère spatiale et de l’ère de l’information.

Novembre 1882

Une tempête géomagnétique a généré des aurores lumineuses et ce qui a été décrit comme un « faisceau d’aurore » par des observateurs au Royaume-Uni. On a rapporté des perturbations des systèmes télégraphiques aux États-Unis et au Royaume-Uni, y compris un standard qui a pris feu à Chicago. Des variations ont été observées dans les lectures magnétiques prises à l’Observatoire royal de Greenwich, au Royaume-Uni. Des rapports ultérieurs ont affirmé que la tempête avait duré 15 jours, une durée coïncidant avec l’observation d’un groupe de taches solaires.

The aurora borealis is caused by space weather

Octobre 1903

Cette tempête solaire est celle ayant eu la plus grande ampleur en plein minimum d’activité, et ses effets ont démontré que les tempêtes solaires constituent une menace même lorsque l’activité solaire est faible ou calme. La tempête a perturbé les communications de façon généralisée; d’énormes pics dans la tension des lignes téléphoniques ont été enregistrés à Chicago, et les systèmes télégraphiques ont été touchés à Londres.

Mai 1921

Une tempête géomagnétique de très forte intensité s’étendant sur trois jours a causé d’importantes aurores polaires partout en Amérique du Nord. Surnommée « tempête de chemin de fer de New York », elle a déclenché plusieurs incendies partout dans le monde et a lourdement perturbé les services télégraphiques en Amérique du Nord et en Europe, endommageant de l’équipement, dont des câbles sous-marins. Selon certains experts, son ampleur était comparable à celle de l’événement de Carrington.

Janvier 1938

Une violente tempête solaire s’est déroulée sur 10 jours, causant des aurores largement visibles en Amérique du Nord, en Amérique centrale, dans les Caraïbes et en Europe. La basse altitude des lueurs rouges de l’aurore a mené plusieurs personnes à signaler des incendies par erreur. Les radiocommunications transatlantiques et nord-américaines ont été interrompues et de l’équipement de signalisation ferroviaire a cessé de fonctionner au Royaume-Uni.

Août 1972

Une tempête a perturbé de façon généralisée les réseaux électriques et de communication en Amérique du Nord ainsi que des satellites, en plus de causer l’explosion accidentelle de mines marines américaines au large du Nord-Vietnam. Le nuage coronal a atteint la Terre en tout juste 14,6 heures, le temps de déplacement le plus rapide jamais enregistré.

On estime qu’un astronaute effectuant une sortie extravéhiculaire au même moment aurait pu être exposé à une dose de rayonnement presque mortelle; heureusement, cette tempête est survenue entre les missions Apollo 16 et Apollo 17. Les futurs vols spatiaux voyageant au-delà de l’orbite basse seront exposés au rayonnement solaire énergétique, qui représente l’un des facteurs de risque les plus graves.

Space Shuttle launch
En Mars 1989 une tempête géomagnétique a perturbé temporairement les capteurs d’un réservoir d’essence sur la navette spatiale Discovery. Les rayonnements solaires énergétiques constituent l’un des facteurs de risque les plus graves pour tout futur vol spatial au-delà de l’orbite terrestre basse.

Mars 1989

Une tempête géomagnétique a causé des coupures des systèmes de communication, une panne de courant majeure au Québec (Canada) et la perte des données de localisation pour plus de 1 000 objets spatiaux pendant près d’une semaine. Elle a aussi perturbé temporairement les capteurs d’un réservoir d’essence sur la navette spatiale Discovery. Une autre tempête survenue en août 1989, une année où l’activité solaire était considérable, a entraîné l’arrêt des négociations à la Bourse de Toronto.

Octobre 1989

Cette tempête de rayonnement solaire consistait en une série d’événements intenses survenus au cours d’une semaine. Durant cette tempête, les astronautes de la Station spatiale internationale ont dû se mettre à l’abri dans la partie la plus éloignée à l’intérieur de la Station pour se protéger, mais ils ont tout de même rapporté avoir vu des éclairs les yeux fermés. Selon certains critères, il s’agit de l’événement de la plus grande ampleur de l’ère spatiale.

Juillet 2000

L’éruption dite du jour de la Bastille est survenue le 14 juillet, jour de la fête nationale française. L’événement était suffisamment important pour être observé par les sondes Voyager 1 et Voyager 2, se trouvant loin dans l’espace. L’éruption solaire a été suivie d’une éruption de masse coronale à halo complet et d’une supertempête géomagnétique qui a endommagé des transformateurs d’alimentation et des satellites.

Halloween 2003

Une série de tempêtes à la fin du mois d’octobre a causé des problèmes aux missions dans l’espace lointain et à celles en orbite proche de la Terre. Sur Terre, les opérateurs ont dû rediriger un aéronef et une panne de courant a eu lieu en Suède. Au plus fort de l’activité solaire, environ 10 % des satellites actifs déployés à ce moment, soit près de 50 engins, ont signalé des anomalies, y compris un cas de perte totale et 10 cas de perte de service opérationnel pendant plus d’une journée. Certains vols d’aéronefs ainsi que les systèmes GPS ont été grandement touchés, y compris ceux utilisés pour la prospection et le forage en eau profonde et sur la terre ferme.

Grande éruption solaire observée le 13 décembre 2006. Image ESA/NASA
Une grande éruption solaire a été observée le 13 décembre 2006. Une pluie de particules à haute énergie est apparue sous forme de taches et de traînées blanches sur les imageurs à bord de SOHO, le principal observateur des tempêtes solaires.

Décembre 2006

Une éruption majeure a perturbé les communications entre les satellites et la Terre de même que les signaux GPS pendant environ 10 minutes, en plus d’endommager l’imageur solaire à rayons X à bord du satellite ayant saisi son image. L’éruption solaire était inhabituelle, car la première vague de particules à arriver était composée d’atomes d’hydrogène, plutôt que les fragments d’atome attendus, comme des protons et des électrons, lesquels sont arrivés 30 minutes plus tard.

Juillet 2012 : l’événement qui a raté la Terre!

Une tempête solaire extrême a traversé l’orbite de la Terre… mais nous a manqué d’une semaine, frappant plutôt l’engin spatial STEREO-A. Les experts sont d’avis que la tempête était aussi puissante que l’événement de Carrington, et deux fois plus intense que l’événement de 1989 ayant causé la panne au Québec; elle aurait pu causer une perturbation à grande échelle des systèmes de communication et de localisation par satellite ainsi que des pannes de courant généralisées. On estime que cette tempête, si elle avait frappé la Terre, aurait entraîné des répercussions économiques d’environ 2 billions de dollars américains et qu’il nous aurait fallu des années pour nous en remettre.


En savoir plus

La météo spatiale est l’un des aspects étudiés par les programmes de surveillance de l’espace (SSA), avec les objets géocroiseurs et les débris spatiaux. Apprenez-en davantage sur la SSA auprès d’experts du secteur lors de notre webinaire RHEA Talk du 5 octobre 2021.

Image principale : La mission Solar Orbiter de l’Agence spatiale européenne a été lancée en février 2020. © ESA/AOES