Posted 26 octobre 2021 in Blog, Espace, Sécurité.

RHEA Talk : Veille situationnelle dans l’espace

Le 5 octobre 2021, nous avons organisé notre cinquième webinaire RHEA Talk. Cette fois, nous avons donné la parole à des experts du secteur et de l’Agence spatiale européenne au sujet de l’état actuel de la veille situationnelle dans l’espace (Space Situational Awareness ou SSA). Animé par John Bone, Directeur commercial de RHEA, notre panel était composé des personnes suivantes :

  • Dr Holger Krag, Directeur du programme de Sécurité spatiale, Agence spatiale européenne (ESA)
  • Frederic Pelletier, Directeur technique, NorthStar Earth & Space Inc.
  • Mark Rawlins, Directeur, développement commercial, Government Services EMEA, Eutelsat
  • Jim Cater, VP régional, Groupe RHEA

Selon les estimations de l’ESA, plus de 330 millions de débris sont en orbite autour de la Terre. La plupart de ces objets mesurent moins de 1 cm. Toutefois, environ 1 million de débris font plus de 1 cm et plus de 35 000 dépassent les 10 cm. Le matériel spatial est aussi confronté aux menaces des objets naturels, des phénomènes météorologiques spatiaux et des cyberattaques. Les programmes de SSA sont donc indispensables. Dans ces extraits de notre webinaire sur la SSA, vous découvrirez :

  • Quelles sont les problématiques clés qui soulignent l’importance de la veille situationnelle dans l’espace ?
  • Comment la communauté des assureurs spatiaux réagit-elle aux initiatives de SSA ?
  • Existe-t-il un intérêt pour la création de « jumeaux numériques » des systèmes de SSA ?
  • Combinez-vous les données de la dynamique de vol primaire et des capteurs pour effectuer des manœuvres d’évitement des collisions ?
  • Connaîtrons-nous des lacunes de capacité entre les ordinateurs quantiques suffisamment puissants pour craquer les méthodes de sécurité actuelles et l’apparition de nouvelles solutions de sécurité en ligne ?

Regardez la totalité du webinaire pour en savoir plus.


Quelles sont les problématiques clés qui soulignent l’importance de la veille situationnelle dans l’espace ?

Fred : L’économie mondiale dépend des satellites. Chaque jour, les particuliers, les entreprises et les gouvernements s’appuient sur eux pour assurer des services essentiels. Il est donc indispensable de préserver le caractère durable de l’espace. La durabilité de l’espace est une problématique mondiale, à aborder tous ensemble. Aucune entité n’y parviendra seule.

Au fil des années, plusieurs collisions ont été largement médiatisées. Simultanément, nous assistons à une croissance explosive de l’industrie spatiale commerciale, qui fait pression sur le cadre actuel de la SSA jusqu’à l’amener au point de rupture. Et puis, il y a d’autres risques qui émanent des objets non coopératifs, des cyberattaques, et ainsi de suite. En l’absence d’un environnement spatial sûr et sécurisé, l’utilisation de l’espace comporte des risques. C’est pourquoi NorthStar développe une solution satellitaire commerciale pour le suivi des objets spatiaux.

Mark Rawlins, Director of Business Development, Government Services EMEA at EutelsatCes dernières années, nous avons constaté une accélération de l’évolution de l’environnement spatial. Il s’axe davantage sur le consommateur et devient plus accessible grâce aux lancements moins onéreux et aux satellites de plus petite taille. Cette évolution a un impact sur le domaine des fréquences d’une part, et entraîne une forte augmentation du nombre d’objets qui ne peuvent être suivis et qui constituent un risque pour nos satellites d’autre part. Dans les deux cas, nous avons besoin d’une coordination entre les opérateurs, les agences et les gouvernements quant aux meilleures pratiques permettant de conserver un environnement spatial aussi clair et propre que possible et de protéger les ressources limitées en termes de fréquences.

Mark Rawlins, Directeur, développement commercial, Government Services EMEA, Eutelsat

Holger : Nous voyons deux défis : l’un est d’origine naturelle, l’autre est créé par l’homme. La météo spatiale peut modifier l’environnement dans l’espace. Il n’y a rien que nous puissions faire pour arrêter ça. À l’heure actuelle, il n’existe pas de prévisions météorologiques spatiales fiables, mais nous voulons y travailler. Pour ce qui est des problèmes créés par l’homme, nous filtrons des centaines d’alertes quotidiennement et effectuons une manœuvre d’évitement toutes les deux semaines avec l’un de nos 20 satellites. Avec l’augmentation du trafic spatial, ces manœuvres consistent notamment à éviter d’autres engins spatiaux en mouvement, ce qui complique encore le tableau.

Nous rêvons d’un monde où nous recevrions uniquement les alertes qui nous concernent, ce qui signifierait que nous n’aurions à manœuvrer un satellite qu’une à deux fois sur la durée de vie de la mission. Pour cela, nous avons besoin de données de surveillance beaucoup plus précises. Nous devons aussi pouvoir supprimer activement les débris, notamment lorsque les satellites tombent en panne avant d’avoir pu être désorbités, et intervenir en orbite pour les réparer, les ravitailler, les repositionner et, un jour peut-être, les recycler. L’ESA apporte son aide dans tous ces domaines.

Jim : Il y a une volonté de rendre l’espace meilleur marché, plus rapide et plus simple, avec un déploiement de bout en bout et l’adoption du « segment sol en tant que service ». L’inconvénient est que ces évolutions peuvent rendre les missions plus vulnérables. De plus, la médiatisation et l’influence croissantes des systèmes spatiaux en font des cibles plus évidentes pour les cybercriminels. Avant même que les satellites ne quittent le sol, les environnements de conception, de développement et de construction sont ciblés. En effet, si les cybercriminels parviennent à implanter leur logiciel malveillant à ce stade, ils simplifient d’autant leur attaque.

Jim Cater Profile Picture Les activités spatiales sont contestées, l’espace est encombré et le secteur est concurrentiel, ce qui amène davantage d’acteurs à vouloir perturber les capacités existantes. Même lorsque la cible est un tiers, les systèmes spatiaux concernés peuvent toujours être exposés à des dommages collatéraux. De nombreuses activités sont toutefois en cours afin d’empêcher la survenue de problèmes cybernétiques et de venir en aide aux parties prenantes lorsqu’ils se présentent tout de même. Tant l’UE que l’ESA se concentrent sur la cybersécurité pour l’espace.

Jim Cater, Directeur régional, Groupe RHEA

Comment la communauté des assureurs spatiaux réagit-elle aux initiatives de SSA ?

Mark : Lorsque j’étais actif au sein de la Space Data Association, nous avons eu des discussions avec le secteur des assurances. Les assureurs déclaraient que, si les opérateurs de satellites ne coopéraient pas (en cherchant à prévenir les collisions), ils augmenteraient les primes. J’ai également entendu récemment que la communauté des assureurs se demandait si elle serait disposée à assurer les satellites en orbite terrestre basse dans les prochaines années.

Holger : Pour autant que je sache, il existe des assurances pour à peu près tout ! En ce qui concerne la maintenance en orbite ou le retrait actif, les assureurs réagissent positivement. Néanmoins, l’accent reste mis sur l’autoprotection. Pour ce qui est de protéger l’environnement spatial dans son ensemble, je pense que le marché doit encore évoluer et gagner en maturité.

Existe-t-il un intérêt pour la création de « jumeaux numériques » des systèmes de SSA ?

Jim : La reproduction d’un système réel qui émule les divers types de missions existantes, des satellites individuels aux mégaconstellations, grâce à des jumeaux numériques pourrait être utilisée pour tester les procédures de sécurité. En simulant des attaques dans un environnement émulé, vous pouvez vous assurer que le système est robuste et efficace en termes de fourniture de services. De nombreux travaux sont en cours dans ce domaine, notamment en collaboration avec l’ESA.

Fred : La modélisation et la simulation sont au cœur de nos activités. Nous y avons recours non seulement pour concevoir notre constellation de sorte qu’elle réponde à nos exigences en matière de suivi d’objets, mais aussi à des fins de traitement des données. Toutefois, la modélisation d’un monde parfait ne reflète pas la réalité. Au contraire, nous avons besoin d’un système qui tient compte de toutes les forces gravitationnelles susceptibles d’agir sur un objet dans l’espace, car elles peuvent influencer les données que nous obtenons, les rendant moins précises ou moins claires que ce à quoi nous nous attendions.

Dr Holger Krag, Head of Space Safety Programme Office, European Space Agency (ESA)Les initiatives de jumelage numérique comprennent un univers de jumeaux numériques. Cet univers représentera l’environnement spatial, y compris les données et les effets des phénomènes météorologiques spatiaux, l’environnement des débris et tout autre facteur nécessaire pour examiner les conjonctions. Nous souhaitons intégrer tout cela dans un univers de jumeaux numériques en guise d’exercice de modélisation à large échelle dans un programme distinct. Ne manquez pas ces prochains développements !

Dr Holger Krag, Directeur du programme de Sécurité spatiale, ESA

Combinez-vous les données de la dynamique de vol primaire et des capteurs pour effectuer des manœuvres d’évitement des collisions ?

Mark : En tant qu’opérateur de satellites, Eutelsat assure évidemment le suivi de ses propres engins spatiaux. Mais nous nous appuyons sur la Space Data Association pour l’analyse des conjonctions et nous collaborons avec au moins trois gouvernements pour la coordination de toutes sortes d’activités de manœuvre. Normalement, nous n’entreprenons jamais ce genre d’activités unilatéralement.

Holger : Nous comparons nos données avec celles du système de surveillance spatiale des États-Unis et nous partageons nos plans de manœuvre avec ce réseau et avec le monde entier. À mon sens, ce type de partage des données constitue le début de la gestion du trafic spatial.

Frederic Pelletier, Technical Director of NorthStar Nous ne souhaitons pas travailler en vase clos. Au contraire, il est crucial de recouper nos données avec celles d’autres systèmes. Par ailleurs, nous reconnaissons tous avoir besoin de davantage de données, mais nous pouvons faire bien plus avec ce dont nous disposons aujourd’hui. Toutes les données recueillies par différentes organisations doivent être rassemblées afin de renforcer concrètement nos connaissances de la situation spatiale.

Frederic Pelletier, Directeur technique, NorthStar Earth & Space Inc.

Connaîtrons-nous des lacunes de capacité entre les ordinateurs quantiques suffisamment puissants pour craquer les méthodes de sécurité actuelles et l’apparition de nouvelles solutions de sécurité en ligne ?

Mark : Nous nous penchons actuellement sur la distribution quantique des clés et la cryptographie quantique, et notamment sur les possibilités de mettre à profit la technologie pour protéger et optimiser la sécurité de nos systèmes. Une fois cette technologie disponible, nous verrons comment l’adopter et l’intégrer dans nos réseaux de sécurité.


En savoir plus

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